La nuit se lève – Elisabeth Quin

Je l’avoue, je ne sais pas qui est Elisabeth Quin. Je ne regarde pas son émission sur Arte. Je n’ai pas lu ses précédents livres. En tapant son nom sur Google, même son visage ne me dit rien.

Pourquoi ai-je j’ai décidé de lire la nuit se lève, son dernier livre ? Je me souviens d’un entrefilet dans un magazine, une vague hésitation chez le libraire, et un “au fond, pourquoi pas !”, quand je me suis approchée du comptoir pour payer. Peut-être ai-je été touchée par son histoire, intriguée par la forme fragmentaire que prend son récit.

“La vue va de soi, jusqu’au jour où quelque chose se détraque dans ce petit cosmos conjonctif et moléculaire de sept grammes, objet parfait et miraculeux, nécessitant si peu d’entretien qu’on le néglige”

Elisabeth Quin est en train de perdre la vue. Le glaucome qui attaque son nerf optique réduit peu à peu son champ de vision. Elle raconte son combat contre l’angoisse et la maladie, les traitements et leurs échecs, la brutalité du corps médical. Elle me touche quand elle révèle sa fragilité à être malade sous l’oeil des caméras, son angoisse à envisager son avenir à la télévision.

“Combien de temps mes yeux malades tiendront-ils sous les projecteurs ? Dévoiler le secret, écrire sur le glaucome, c’est prendre le risque de faire pitié ou de déclencher une réunion en haut lieu pour me trouver une remplaçante aux yeux en béton armés. Me voilà forcée à imaginer la suite, si lire devenait impossible”.

Enchâssée dans le récit thérapeutique, la nuit se lève est également une expérience métaphysique. A travers nombre d’associations d’idées, d’expériences lues ou vécues, de tableaux, elle essaye de cerner ce que c’est d’être aveugle, ce que cela change sur au rapport au monde, aux autres, à soi-même. Elle se familiarise avec la maladie, se force à s’en amuser, pour mieux la conjurer et la mettre à distance.

“Il faut tenir la malédiction en respect”.

J’ai été parfois fatiguée de l’effet de listing encyclopédique, parfois perdue dans la masse de fragments. Mais toujours admirative de la démarche de la journaliste qui touche, instruit et interroge tout à la fois. Avec brio.

Ca raconte Sarah – Pauline Delabroy-Allard

Voilà 4 mois que ce livre est sorti. J’ai beaucoup tergiversé avant de lire “Ca raconte Sarah”. Malheureusement pour moi.

Ca raconte Sarah est le livre que j’attendais depuis longtemps : le livre qui raconte la passion amoureuse, la vraie, celle qui vous saisit comme on vous prend à la gorge, cette folie qui ne laisse aucun répit, qui vous condamne à errer dans le monde comme un pestiféré. Un drame à la hauteur de ses modèles littéraires, Marguerite Duras et Hervé Guibert, les plus grands écrivains de l’obsession (l’aveuglement de la passion) amoureuse.

« Ça raconte Sarah, sa beauté mystérieuse, son nez cassant de doux rapace, ses yeux comme des cailloux, verts, mais non, pas verts, ses yeux d’une couleur insolite, ses yeux de serpent aux paupières tombantes. Ça raconte Sarah la fougue, Sarah la passion, Sarah le soufre. »

Ca raconte Sarah commence sur une attente : la vie de la narratrice se déroule, monotone et triste, après la séparation d’avec le père de sa fille. C’est alors qu’elle rencontre Sarah, violoniste, de laquelle elle va tomber follement amoureuse. Le roman alterne poésie pure et descriptions triviales pour décrire la montée du désir, le vrai, le pur, le cru, celui du sexe et de la chair, celui qui vous aspire et vous vide de votre substance, et qui n’a qu’une issue : la mort.

Ca raconte Sarah, c’est aussi l’histoire d’une rupture violente, ce moment où l’amour est anéanti et qu’il ne reste plus rien du plaisir que nous avions à l’existence. Alors il faut fuir les lieux familiers, faire taire l’obsession du souvenir, et détruire le visage de l’être aimé pour espérer pouvoir revivre.

Vous l’avez compris, Ca raconte Sarah, raconte votre propre histoire.