Hélène ou le soulèvement – Hughes Jallon

Hélène.

Dans la mythologie grecque, ce prénom évoque à lui seul l’amour, le rapt, l’enlèvement d’une jeune fille.

Chez Hughes Jallon, il s’agit moins d’un enlèvement qu’une rébellion. C’est un soulèvement, celui d’une mère de famille qui se révolte contre sa vie domestique pour disparaître en grèce avec un inconnu.

“Il a vu qu’elle était revenue, et elle l’avait laissé faire, elle l’avait laissé attraper sa main, et pour finir elle l’avait suivi jusqu’en bas de l’escalier, dans la rue qui descendait vers la gare, jusqu’à la jetée où venaient s’écraser les vagues.”

C’est l’amour fou, l’amour inexpliqué, l’amour qui vous fait mourir et renaître ailleurs, tout à fait autre.

“Je serai devenue un souvenir, on m’appelait Hélène, ma voix enregistrée sur un répondeur, des photos passées, toujours souriante […], mes bijoux réunis dans une boite au fond d’un des tiroirs de la commode, mes robes enfermées dans de grandes housses tassées sur un côté de la penderie avec mes cartons à chaussures dans l’appartement de Libourne, ce qu’il restera de moi, Hélène”.

J’ai aimé ce court roman. Sa forme est originale, c’est celle d’un roman photo. L’auteur y intègre des photographies, et dans ses images fixes, le temps s’arrête, l’intensité du désir se renouvelle à l’infini. Pour notre plus grand plaisir.

L’or du chemin – Pauline de Préval

L’or du chemin, c’est beau comme un week-end en Italie que l’on passe la tête en l’air à admirer les plafonds de la chapelle Sixtine. Car oui, ce roman n’est pas un livre. C’est un tableau.

Pauline de Préval raconte l’histoire de Giovanni, un peintre florentin du début de la Renaissance italienne. Comme dans une immense fresque, elle peint son parcours, les épreuves amoureuses qu’il traverse, ses conflits intérieurs pour donner un sens à sa vie. Elle décrit à merveille les couleurs du Quattrocento.  Derrière les images paradisiaques, serties d’or et de bleu divin, on sent poindre les orages politiques, percer la violence de la société.

Ce livre m’a émerveillé par la richesse de ses détails, par la beauté de sa palette. Mais je n’ai pas été emportée par son histoire. Il manque un je-ne-sais quoi pour rentrer dans le tableau et s’identifier aux personnages.

On entre dans ce livre en touriste, tongues aux pieds. On prend quelques clichés d’une très belle église italienne. Et on sort déjeuner.

Âpre Coeur – Jenny Zhang

Comme Jenny Zhang, je suis née en 1983. La ressemblance s’arrête là.

Je ne suis pas née à Shanghai, je ne suis pas partie à New York à l’âge de 4 ans. J’ai beau chercher dans ma mémoire, je n’ai pas vécu l’expérience d’immigrés qui veulent leur part du rêve américain. Je ne porte pas les cheveux teints en vert. Quand je regarde sa photo sur la couverture, cette couleur m’étonne, me décoiffe.

Pourtant, j’ai été touchée par son livre. Elle raconte l’enfance bouleversante de Christina, une jeune chinoise immigrée à New York, dont les parents luttent chaque jour pour garder un toit au-dessus de leur tête. Elle vit une enfance dans les marges, sa voix est celle d’une laissée pour compte, mais la violence de sa vie est sublimée par l’amour infini que lui portent ses parents.

Enchâssées dans son récit, les voix d’autres jeunes chinoises prennent corps. Toutes sont reliées à Christina par les hasards des rencontres, par un fil invisible qui relie ces immigrés chinois aux destins parallèles. Elles font entendre la violence de leur quotidien, l’amour étouffant de leurs familles, les rêves sourds qui les habitent.

Ces voix d’enfants enregistrées à des époques différentes forment un choeur puissant, aux accents fortements mythiques. Il raconte leur ascension dans l’échelle sociale américaine à force de sacrifices, de combats, de luttes pour survivre.

Avec Âpre Coeur, Jenny Zhang a écrit l’épopée moderne des immigrés chinois. C’est ambitieux, c’est cru, c’est sublime. Lisez-le.