La saga napolitaine de Roberto Saviano

J’ai découvert le médicament MIRACLE !

Les livres de Roberto Saviano sont un remède à tous les ennuis – vie monotone, insomnies pétries de doutes, mari souvent absent – l’effet est rapide, l’action proprement réjouissante, et comble du bonheur nul effet secondaire n’est à craindre.

Respectant la prescription éditoriale, j’ai commencé la semaine dernière Piranhas, le premier volet de la saga consacrée à la mafia napolitaine. J’ai vécu sous perfusion de lecture quelques jours, et par magie psychotropique ma vie est devenue plus riche, plus colorée, plus intense ! L’histoire de Nicolas, jeune adolescent désireux de créer sa propre mafia m’a vivement diverti de la grisaille et de l’enchaînement insipide des jours. Cette lecture fut pour moi un paradis artificiel inespéré.

Aussitôt le livre terminé, j’ai doublé la dose – je me suis jetée sur Baiser féroce, la suite de ce roman qui vient de paraître aux éditions Gallimard. J’ai retrouvé les délices du premier volume : une narration efficace qui ne laisse aucune place aux temps morts, des scènes palpitantes, une histoire à couper le souffle. Trois cent cinquante pages durant, mon corps était bien là mais mon esprit était ailleurs, planant sur un nuage de morphine.

Alors voilà, suivez mon conseil, lâchez-tout et rendez-vous immédiatement en librairie pour acheter vos doses de Roberto Saviano – tous les modes d’administration sont bons à prendre, des comprimés effervescents à l’intraveineuse. Pour une fois qu’un tel médicament est disponible sans ordonnance !

Fou de Vincent – Hervé Guibert

Il y a des auteurs qui étaient fait pour vous, et à côté desquels vous passez pendant des années sans jamais les rencontrer. Et puis un jour le hasard, la chance, le coup de foudre instantané.

Hervé Guibert est de ceux là.

C’est par l’émission radio d’Adèle Van Reth que j’ai pour la première fois entendu parler d’Hervé Guibert. Dans son cycle sur la pornographie, elle consacrait un épisode à Fou de Vincent, publié en 1989 par ce dernier. Il y raconte la relation érotique et obsessionnelle qu’il a liée avec Vincent dans des fragments crus et sublimes qui interrogent la réalité du désir :

“Qu’est-ce que c’était ? Une passion ? Un amour ? Une obsession érotique ? Ou une de mes inventions ?”

J’ai tiré ce livre et c’est tout Hervé Guibert qui est venu avec. Ce petit génie de la littérature, sa gueule d’ange, ses belles boucles blondes. Sa vie brisée par les années sida: alors que ses amis tombent les uns après les autres, la maladie aura raison de sa peau en 1991.

Hervé Guibert est un maître de l’obscénité, de la lumière crue qui tombe sur la chair. Comme il avait raconté sa relation érotique avec Vincent, il raconte à la fin de sa vie l’avancée du sida sur les corps. Sur celui de Michel Foucault, son voisin et ami dont il retrace l’agonie dans La Mort Propagande. Sur le sien, dans une trilogie qui décrit les ravages de la maladie au jour le jour. On l’aperçoit en 1990 sur le plateau d’Apostrophe, décharné, ses belles boucles blondes sont tombées. Il montre la mort en direct, il est tragique, on est touché par son destin.

Hervé Guibert est comme une porte dérobée, un passage secret dans les livres: vous pensez être le seul à l’emprunter, et vous vous apercevez au fil des lectures qu’il est connu de beaucoup. Il exerce son attraction sur nombre d’auteurs contemporains, et avec eux il refait surface, se fraye un chemin, continue d’exister.