LE PARFAIT SANDWICH !

J’aimerai vous parler aujourd’hui d’un sandwich parfait, composé des 3 livres en compétition pour le Grand Prix de l’Héroïne Madame Figaro

J’ai reçu cette deuxième sélection juste avant de partir en vacances, et je peux dire qu’elle se mange sans faim !

Vous aurez reconnu la “Familia Grande” de Camille Kouchner, dont on a beaucoup parlé en ce début d’année et qui trouve sa juste place dans un prix qui célèbre les héroïnes au féminin.

J’ai également découvert le très beau texte de Claire Keegan, “Ce genre de petites choses”, un livre subtil sur le scandale des filles-mères exploitées par les sœurs catholiques en Irlande.

Et pour finir, je me suis replongée dans la plume de Philippe Besson qui dans “ Le dernier enfant” raconte le vacillement d’une mère au moment où son dernier enfant quitte le nid familial.

Grande nouvelle

J’ai une grande nouvelle à vous annoncer : cette année, je suis jurée du Grand Prix de l’héroïne Madame Figaro ! Ma première participation à un jury littéraire !

Chaque mois, trois livres seront sélectionnés dans trois catégories. Les 3 vainqueurs seront annoncés en juin, lors de la remise de prix.

J’ai décidé de vous faire vivre mois après mois les coulisses du prix. Ca vous dit ?

Voici la première sélection de livres :

ROMAN FRANCAIS : FILLE de Camille Laurens aux éditions Gallimard.
Laurence Barraqué grandit avec sa soeur dans les années 1960 à Rouen. « Vous avez des enfants ? demande-t-on à son père. – Non, j’ai deux filles », répond-il. Naître garçon aurait sans doute facilité les choses. Puis Laurence devient mère dans les années 1990. Être une fille, avoir une fille : comment faire ? Que transmettre ? L ‘écriture de Camille Laurens restitue les mouvements intimes au sein des mutations sociales et met en lumière l’importance des mots dans la construction d’une vie.

ROMAN ETRANGER : ARIA de Nazanine Hozar aux éditions Stock.
A travers le destin d’une femme, Nazanine Hozar célèbre la beauté de la culture persane et raconte trois décennies de l’histoire iranienne. De 1953 à 1979, avènement du régime islamique, le roman suit le destin d’une enfant abandonnée à sa naissance dans une rue de Téhéran. Un roman fresque traduit par Marc Amfreville

ESSAI/BIO : ALLER AVEC LA CHANCE d’Iliana Holguin Teodorescu aux éditions Verticales.
Elle est jolie et a 18 ans, elle aime voyager, elle a le frisson du hasard des rencontres… Alors, elle part seule en auto-stop pour traverser l’Amérique latine: le Chili, la Colombie, le Pérou, l’Equateur. Les chauffeurs sont souvent des hommes, elle écoute leurs vies, elle les observe, les découvre. De ce voyage initiatique, libre et sans peur, Iliana en fait un récit singulier, celui d’une femme sans contrainte et lumineuse à l’écoute du monde.

Pour vous les faire découvrir, j’ai encore craqué sur la mise en page, direction Chamonix ! Bah quoi ? Les vac de février valent bien une glissade de livres !

George Orwell, Aldous Huxley : « 1984 » ou « Le meilleur des mondes »

 Voici le dernier teaser que j’ai réalisé pour le documentaire “George Orwell, Aldous Huxley : « 1984 » ou « Le meilleur des mondes » ?”, diffusé ce soir sur Arte.

J’ai appris dans ce documentaire que tout oppose les deux romanciers anglais : leurs milieux sociaux, mais aussi leur manière d’envisager le futur dans leur dystopies respectives.

Saviez-vous que les deux hommes se connaissaient ? Orwell a été l’élève d’Aldous Huxley à Eton, où ce dernier remplaca brièvement un professeur titulaire parti à la guerre.

Apparemment, Orwell appréciait Huxley, qui leur apprenait « des mots rares et étranges, de manière assez concertée », se souvient un de ses amis et condisciples, qui ajoute qu’il était « un professeur d’une totale incompétence. Il n’arrivait pas à faire respecter la discipline et était tellement myope qu’il ne voyait pas ce qui se passait, si bien qu’il était constamment chahuté ».

Cela énervait passablement Orwell, « qui trouvait que c’était cruel ».

Victor Hugo, au nom du peuple

« PARFOIS, INSURRECTION, C’EST RÉSURRECTION »

Ce soir, je partage avec vous une petite histoire qui m’a frappé dans le documentaire “Victor Hugo, au nom du peuple” qui retrace sur Arte la genèse du roman “Les Misérables”:

Victor Hugo met 17 ans à écrire ce roman de 1500 pages. Il veut en faire un livre accessible à tous, dans l’espoir que le peuple s’en saisisse pour lutter contre l’injustice. Il finit son chef d’oeuvre, par une matinée de 1861 :

“Ce matin 30 juin 1861, à huit heures et demie, avec un beau soleil dans mes fenêtres, j’ai fini Les Misérables”, écrit Hugo. Dans une lettre à son fils il ajoute : “Maintenant, je peux mourir”.

Pour donner au roman toute l’ampleur qu’il mérite, Victor Hugo refuse de faire lire son manuscrit d’avance, et exige avant l’impression une somme considérable. Il signe un énorme contrat avec Albert Lacroix, un jeune éditeur belge, d’un montant équivalent au salaire annuel de 120 fonctionnaires français à l’époque, ce qui équivaut aujourd’hui à plusieurs millions de dollars. C’est sans précédent dans l’histoire de la littérature. Hugo a signé ce que certains appelleront “le contrat du siècle”.

Et, fait incroyable, le livre émeut dès l’imprimerie. Les ouvriers typographes pleurent en le lisant.

Dès le 30 mars 1862 le livre sort en même temps dans le monde entier, à Bruxelles, à New York, à Paris, à Rio de Janeiro. Le succès de vente est immédiat, c’est le succès le plus éclatant du siècle.

Pour en savoir plus sur la genèse et la réception de ce roman, je vous conseille le très beau documentaire diffusé ce soir sur Arte.

Le Portrait de Dorian Gray

“Le Portrait de Dorian Gray”, ca vous parle ?

Comme vous le savez, j’ai été commissionnée par Arte pour créer les teaser Instagram de leurs documentaires littéraires. Celui qui sera diffusé ce soir à 22:30 retrace l’histoire du roman sulfureux d’Oscar Wilde, l’occasion pour moi de me replonger dans ce livre qui n’était plus qu’un souvenir de lycée.

Ce que j’ai appris en regardant ce documentaire, c’est que “Le portrait de Dorian Gray” a été utilisé comme preuve à charge contre Oscar Wilde, dans l’action en justice qui l’a opposé au père de son amant Alfred Douglas pour diffamation, ce dernier l’ayant traité de “somdomite” (sic).

Durant ce procès très médiatisé, les avocats de la partie adverse ont lu des passages du “Portrait de Dorian Gray”, pour démontrer que le héros avait des tendances homosexuelles, passibles de la peine de prison à cette époque-là.

Loin de se défendre correctement, Oscar Wilde a joué de son sens de la répartie pour faire rire le public, et transformer la salle d’audience en théâtre. Quand on lui demanda s’il n’avait jamais embrassé le domestique d’Alfred Douglas, Oscar Wilde répondit « Oh non, jamais, jamais ! C’était un garçon singulièrement quelconque, malheureusement très laid, je l’ai plaint pour cela. »

Préférant briller plutôt que mettre en œuvre une stratégie de défense efficace, Oscar Wilde fut condamné pour en 1895 pour “grave immoralité” à une peine maximale de deux ans de travaux forcés. Il fut ruiné et mourut seul en France où il s’était exilé.

Si vous voulez en savoir plus sur l’histoire de cette œuvre, ne manquez pas le documentaire qui sera diffusé sur la chaîne ce soir à 22:30.

Margaret Atwood, de la force des mots

Comme je vous l’ai dit la semaine dernière, j’ai eu le plaisir d’être commissionnée par Arte pour créer des teasers instagram pour leurs documentaires littéraires !

Cela me plait beaucoup de créer de petites scènes autour d’écrivains cultes, de les faire parler à coup de gifs, de couleurs et de textes. C’est une manière pour moi de leur rendre hommage, avec les petits moyens qui sont les miens.

Cela m’offre aussi la possibilité de découvrir des écrivains. De Margaret Atwood, je connaissais bien sûr son roman “ La servante écarlate”, mais je ne savais pas qui se cachait derrière le roman culte, adapté au cinéma en 1990, et en série en 2017, avec le succès qu’on connaît.

Dans le documentaire intitulé “ Margaret Atwood, de la force des mots”, j’ai découvert le visage de cette écrivaine canadienne, née en 1939, passée par Harvard, et qui s’est très tôt engagée sur des sujets politiques majeurs : la guerre du Vietnam, la condition des femmes, et l’urgence environnementale. Instructif et inspirant, donc, ce documentaire qui sera diffusé ce soir à 22h20 sur arte, et dont je vous conseille le visionnage si la figure de cette écrivaine vous intrigue.

Memory Lane – Patrick Modiano

Pourquoi je ne suis pas Patrick Modiano :

Patrick Modiano a écrit Memory Lane en 1979.
Courageusement, j’ai sorti mon équipement de spéléologue (casque, harnais, éclairage), pour partir à la recherche des traces fossilisées de l’écrivain dans les archives audiovisuelles. Je pensais exhumer un cadavre, il n’en fut rien, j’ai découvert, Ô miracle, un écrivain vigoureux, charmant, plein des provocations de la jeunesse. Et parce que la dispersion est un de mes vices, j’ai voulu tout ramener à la surface, ses saillies ironiques comme ses assauts d’humilité. J’ai du me faire violence pour monter une scène, une seule.

Patrick Modiano est mon exact opposé : il ne se disperse pas, il ne se perd pas dans les détails. Il se concentre sur les ambiances, un point c’est tout. C’est ce qu’il dit dans cet extrait de 1972. C’est ce qu’il fait dans son récit Memory Lane, tout juste republié aux @editionsstock .

Dans ce court récit, le narrateur raconte ses souvenirs d’une petite bande qu’il a cotoyé à l’âge de vingt ans. Dès l’incipit, Modiano les fait se mouvoir dans une atmosphère interlope :

« Je me demande par quelle mystérieuse chimie se forme “un petit groupe” : tantôt il se disloque très vite, tantôt il reste homogène pendant plusieurs années, et souvent à cause du caractère disparate de ses membres on penses aux rafles de police qui rassemblent de minuit à l’aube des individus qui ne se seraient jamais rencontrés sans cela”.

On avance dans ce roman comme dans un crépuscule brumeux : On croise de proche en proche des personnages aux airs voyous, aux existences indécises, pour les perdre à nouveau dans le brouillard de la narration.

Un mystère amplifié par les très jolies illustrations de Pierre Le-Tan, leurs lieux déserts, leurs personnages tapis dans l’ombre.

Memory Lane est une belle porte d’entrée dans les atmosphères de Modiano.

Brillant comme une Larme – Jessica L. Nelson

Si comme moi vous vous lassez parfois de votre vie, de son allure normale, si parfois vous espérez qu’elle déjoue les statistiques, lisez ce livre !

Grâce à Brillant Comme une Larme, un roman biographique de Jessica L. Nelson publié aux Éditions Albin Michel vous allez enfin vivre une vie extraordinaire, hors-norme: celle de Raymond Radiguet, étoile filante de la littérature du XXe siècle.

Né en 1903, mort en 1923, Raymond Radiguet a une trajectoire de comète : en 20 ans, il va tutoyer l’avant-garde artistique de son temps et écrire un chef d’oeuvre: Le Diable au corps.

“Je n’ai pas de temps à perdre, tranche t’il. La vie est si courte.
La fougue adolescence se conjugue à un élan qui, chez lui, vient du plus profond : cette conviction immuable qu’il doit vivre tout, et vite.[…] Raymond est né avec le tic-tac entêtant d’une pendule au fond de ses entrailles qui le rapproche, sans qu’il puisse l’arrêter, d’un abîme qui ressemble à la mort”

La vie de Raymond Radiguet est marquée par une précocité extrême. A 14 ans, il séduit une femme de dix ans son aînée, qui lui inspirera son premier roman. A 15 ans, il se lie avec l’avant-garde Parisienne : Max Jacob, Juan Gris, Picasso, Modigliani, Pierre Reverdy. Sa rencontre avec Jean Cocteau va être décisive: Intrigué par les poèmes de Radiguet, Jean Cocteau va le prendre sous son aile, le présenter à tout Paris. En 1923, Radiguet meurt de fièvre typhoïde en laissant derrière lui deux romans passés à la postérité : le Diable au corps et Le Bal du Comte d’Orgel.

Jessica L. Nelson raconte la fureur de vivre de ce jeune homme, qui troue le début du siècle par son ambition. La narration resserrée et vive rend à merveille l’atmosphère trépidante des avant-gardes artistiques de l’époque.

Un très beau roman qu’on lit en mode sous-marin, d’une traite, et l’on espère ne jamais remonter à la surface. Quoi, sommes-nous vraiment obligés de retourner à.. nos vies ?

Le service des manuscrits – Antoine Laurain


Qui n’a jamais rêvé d’entrer dans le service des manuscrits d’une maison d’édition ? Grâce à Antoine Laurain et son roman publié aux Éditions Flammation, pénétrez dans ce lieu secret, haut lieu des fantasmes de la sphère littéraire, trou noir où s’abîme les espérances du commun des mortels:

“Cinq cent mille refusés par an, toutes maisons confondues. Que deviendront toutes ces histoires ? Tous ces personnages ? Jamais portés à la connaissance du public, bientôt oubliés par les lecteurs professionnels des services des manuscrits. Le néant les attend, à l’image de ces satellites désormais hors d’usage qui dérivent dans l’infini galactique et que même les bases aérospatiales ont renoncé à suivre”.

 « Le service des Manuscrits » raconte l’histoire de Violaine, l’une des éditrices les plus courues de Paris. Lorsqu’elle décide de miser sur les “Fleurs de sucre», un manuscrit parvenu à son service, elle est loin de se douter qu’elle met le pied dans une affaire totalement rocambolesque. Non seulement l’auteur est introuvable alors que son livre atterri dans la sélection finale du Prix Goncourt, mais encore il est transplanté au coeur d’une incroyable affaire judiciaire.

 « Le service des manuscrits » est un livre léger et drôle : on pensait entrer dans les arcanes byzantines du pouvoir littéraire, on est pris dans une histoire montée en meringue, avec des hauts et des bas façon montagnes russes.

Terriblement amusant !