ALLO, HERVÉ LE TELLIER ?

Hier, j’ai appelé l’un des finalistes du prix Goncourt pour son roman “L’anomalie”, publié aux éditions Gallimard .

Il m’a raconté comment il avait écrit certaines scènes de son livre. Accrochez-vous à votre siège, ca va secouer !

Hervé Le Tellier a sélectionné dans sa bibliothèque une quinzaine de livres qui l’ont influencé ou plu, comme ceux de Romain Gary, d’Alberto Moravia, ou encore des romans policiers. Il a pris leurs incipits, et les a utilisé pour construire les débuts de chapitre de son propre roman, en les déplaçant d’un univers à l’autre, sans que ça se voie.

Il a ainsi pris le début de “La promesse de l’aube” de Romain Gary, qui parle de la plage de Big Sur dans lequel une vague flue et reflue avec des mouettes, avec des phoques, avec des nuages. Cette scénette, il l’a déplacée sur une falaise à Etretat, avec des albatros, dans une situation complètement différente, mais en essayant de conserver cette image de bruine, de froid, de vent. Cela constitue le début du chapitre intitulé “portrait de Victor Miesel en revenant”.

Pour Hervé Le Tellier, ce jeu littéraire lui permet de s’éloigner de ce qu’il écrit de manière spontanée, de rejeter le premier jet (qu’il n’aime pas trop) pour aller dans une direction qui n’est pas la sienne naturellement mais qu’il s’approprie.

Cela participe d’une réflexion sur ce que peut être la littérature. Il me dit qu’on a toujours une dette envers les romans qui ont constitué nos amours de jeunesse, et on peut rendre cette dette avec intérêt, en en prélevant une infime partie et en la transformant en autre chose.

“Faire de la littérature avec de la littérature, je trouve ça intéressant, c’est un principe de fécondité et d’hommage”, me dit-il.

allo, Jean-Philippe Toussaint ?

Vais-je réussir à parler à Jean-Philippe Toussaint ?

Quand j’ai envoyé un email à l’auteur du roman “Les émotions”, j’ai appuyé sur la touche envoi sans trop y croire, car Toussaint fait partie de ces entités divines et abstraites, dont il n’est pas certain qu’elles soient pourvues d’un téléphone et d’une ligne qui nous y amène.

Quelques jours plus tard, j’ai eu la confirmation que les dieux avaient bien leur place sur terre. C’est avec un plaisir infini que j’ai écouté la voix claire et vibrante de Toussaint me raconter comment lui était venu la scène qui clôt “Les émotions”, cette gigantesque fuite qui constitue l’acmé romanesque du livre. On y voit le narrateur s’évader en compagnie d’une femme par les souterrains du Berlaymont, le siège de la Commission Européenne à Bruxelles.

Pour écrire ce livre, Jean-Philippe Toussaint menait des entretiens. Il a rencontré l’architecte en charge de la rénovation du Berlaymont, qui lui a révélé l’existence d’un souterrain reliant le bâtiment au Juste Lipse en face.

“Ce qui est amusant, me raconte Jean-Philippe Toussaint, c’est qu’un an avant de commencer à écrire ce livre, j’ai eu l’idée de la fin. J’ai vu dans ce souterrain la possibilité de finir le roman par une fuite, une acmé, une montée de la tension et de l’émotion. Sans lui, je ne vois pas comment je l’aurais terminé.”

L’auteur a exploité les potentialités romanesques que lui offrait ce lieu fortuit, découvert au hasard d’une interview. Le souterrain apparaît au milieu du livre, lorsque le frère du narrateur, qui est en charge de rénover le Berlaymont le lui fait visiter. Puis, le lecteur l’oublie, pour le retrouver à la fin, lors de la scène de fuite éperdue, amoureuse sur laquelle se termine le livre.

Quand je lui fait remarquer qu’il a écrit de très belles pages de fuite dans “MMMM”, il me répond qu’il affectionne la vitalité romanesque qui en émane. “Peu importe ce qu’ils fuient, ce qui est intéressant c’est le mouvement de la fuite. Dans la scène finale des “Émotions”, il y a une énergie qui se dégage, et c’est ça qui me plait”.

ALLO, LAURENT MAUVIGNIER ?

ALLO, LAURENT MAUVIGNIER, LA CRÉATION C’EST QUOI POUR VOUS ?

Cette semaine, j’ai eu la chance de pouvoir appeler Laurent Mauvignier, dont j’ai adoré le roman “Histoires de la nuit”.

Je lui ai demandé de me raconter une anecdote, et sa réponse était si subtile, commençant par le cinéma pour aboutir à la littérature, qu’en raccrochant, j’ai soudain pensé avoir percé les arcanes de la création.

Tout est parti d’une géniale anecdote sur Fritz Lang, que je vous rapporte dans son intégralité :

Fritz Lang est vieux, il est malade, et un journaliste vient le voir et lui pose la question suivante : “Qu’est-ce que le cinéma ?”. Et Fritz Lang lui répond : “Rendez-moi un petit service, pourriez-vous aller à l’étage en dessous, vous tournez sur la droite, vous prenez la deuxième porte à gauche, et là vous serez dans une pièce, il y aura deux placards, vous allez vers le deuxième placard, vous en ouvrez le troisième tiroir, il y aura trois petites boites, vous prendrez la bleue, à l’intérieur il y aura deux autres petites boites, vous ouvrirez la verte, à l’intérieur il y a trois petites pilules, une jaune, une rouge, une verte. Vous me ramenerez la rouge. Le cinéma, c’est ça”

Cette anecdote, elle parle de cinéma, mais elle parle aussi de littérature. L’idée c’est de se dire qu’on ne va jamais assez loin, on est toujours à l’entrée de quelque chose. “Histoires de la nuit” est fondé sur scénario simple de thriller, mais ce que se demande à chaque fois Laurent Mauvignier, c’est comment aller chercher quelque chose de réel là dedans. “Je me demande à chaque fois comment je peux creuser cette couche de vernis fictionnel, pour aller voir ce qu’il y a derrière, ce qu’il y a en dessous”, me dit-il.

ALLO, DANIEL MENDELSOHN ?

ALLO, DANIEL MENDELSOHN, EST-IL VRAI QUE VOUS AYEZ ÉCRIT VOTRE LIVRE EN 10 JOURS ?

Cette semaine , j’ai appelé Daniel Mendelsohn aux États-Unis. C’était l’après-midi à Paris, le matin chez lui, et l’auteur des “Trois anneaux” était en train de siroter son café sous son porche. J’ai été frappée par son français impeccable, qu’il avait appris à l’école et que ne trahissait qu’un léger accent américain tout à fait charmant.

Daniel Mendelsohn m’a dit qu’il avait écrit « Trois Anneaux » en un peu plus d’une semaine, dans des trains qui l’emmenaient d’une ville à une autre en Allemagne. Mais comment est-ce possible, quel est votre secret ?

Il avait l’idée de ce livre depuis longtemps. Au début il pensait en faire une partie de « Une Odyssée: un père, un fils, une épopée », son livre précédent, ce qui n’avait pas été le cas. Mais ce livre, il l’avait déjà écrit sans l’écrire, il était mûr dans sa tête.

En mars 2018, Daniel Mendelsohn était en Allemagne, pour la tournée promotionnelle de « Une Odyssée ». Il se trouvait tous les jours trois ou quatre heures dans le train, allant de ville en ville, de librairies en conférences. Et pendant ces dix jours, il a écrit les trois parties de ce livre. “J’adore écrire dans les trains et dans les avions, car on n’est jamais interrompu par les mails, le téléphone”, a-t’il précisé. En rentrant chez lui aux états-unis, il a retravaillé son manuscrit, poli son écriture, mais le gros de l’oeuvre était déjà là.

Et alors que je m’exclamais de la composition circulaire du livre, de ces récits en miroir, il m’a avoué que pour lui, c’était une façon très naturelle de raconter. C’est la manière qu’avait de raconter son grand père, dont il était très proche et qui est un des personnages du livre “Les disparus”.

Les « Trois anneaux », il ne les a pas écrit en quelques journées. Il les portait en lui depuis longtemps, du sujet à la technique de narration !

Pour lire la chronique de ce si beau livre publié aux éditions Flammarion rendez-vous sur mon dernier post !

ALLO, JULIE NEVEUX ?

ALLO, JULIE NEVEUX, ça vous dérange si je vous appelle « frère » ?

Dernièrement, j’ai appelé Julie Neveux, l’auteur de l’ouvrage “je parle comme je suis”, un essai passionnant sur la manière dont la langue parle à travers nous.

Je lui ai demandé de me raconter une histoire, et elle a choisi de me raconter l’arrivée d’un mot dans sa vie, celle du mot “frère”, version française de “brother”, ou “bro”, qui incarne la coolitude afro-américaine venue des états-unis.

Julie Neveux donnait cours à une promo d’élèves qu’elle préparait au CAPES. C’était une promo sympa, adorable, avec beaucoup de filles, comme souvent. Elle les entend un jour s’appeler “frère” entre elles. À la pause, elle leur demande : “mais vous dites frère, même à une copine ?”. La première élève lui répond oui, la deuxième lui explique qu’elle s’en sert exclusivement pour apostropher sa soeur. Arrive une troisième, qui lui apprend qu’elle le dit aussi à sa mère. Ainsi, la veille, elle a demandé à sa mère : “frère, passe moi le sel”, et sa mère en question n’avait aucun problème avec cela. Elle trouvait ça cool.

Ces élèves qui parlaient, elle savait qu’elles étaient assez militantes, sensibles à la cause féministe, et pour autant elles s’appelaient “frère” entre elles.

Et Julie Neveux conclut sur ces mots frappants : “impossible de dresser la langue, la langue nous échappe, et elle fait un peu ce qu’elle veut”

J’ai adoré cette analyse de l’inconscient du langage, que l’on retrouve dans “je parle comme je suis”, tout juste paru aux éditions Grasset . Pour lire la chronique de livre, rendez-vous sur mon dernier post !

 ALLO, Alexandre Steiger ?

 ALLO, Alexandre Steiger, il est comment Bill Murray ?

Hier, j’ai eu la chance d’avoir au téléphone Alexandre Steiger, l’auteur de “Sans Bill ni Murray”, l’histoire d’un cinéaste raté qui retrouve Bill Muray sur un tournage international surréaliste.

Alexandre Steiger n’est pas seulement auteur, il est également comédien, et il m’a raconté qu’il a réellement vécu ce qu’il raconte dans le livre. Il a été pris pour jouer dans le film “The French Dispatch” de Wes Anderson, qui sortira bientôt en salle.

Lorsqu’on lui a confirmé qu’il était sélectionné pour jouer dans le prochain Wes Anderson, il ne savait pas quel allait être son rôle, car tout était tenu très secret. Aucun scénario ne filtrait. Il faisait des allers-retours à Angoulême pour préparer les costumes, tout était très méticuleux mais très mystérieux. Pendant la préparation, pas une seule fois il n’a croisé Wes Anderson.

Il n’a eu le scénario en main que la veille du tournage, enfin, pas le scénario, mais juste la scène qu’il devait tourner, et dans laquelle il n’avait qu’une phrase. Il devait constater la mort de Bill Murray, et dire : “excuse-me”.

Cette phrase a mis trois jours à être tournée. Pendant ce temps, il est resté sous la tente, il a bu du thé avec Tilda Swinton, il a joué au golf avec Bill Murray avec un gobelet en plastique, un Bill Murray très sympathique, ne faisant aucune différence hiérarchique entre les gens.

Alexandre Steiger me raconte qu’au début, il avait l’idée d’écrire un livre sur rien, et que ce rien devienne un tout. Lorsqu’il a tourné ce film, il a décidé de lier son récit avec le tournage qu’il venait de vivre, et de faire de Bill Murray le miroir de la mélancolie de son personnage

Pour lire ma chronique du roman “Sans Bill ni Murray”, un roman hilarant qui vient de paraître aux éditions Léo Scheer, rendez-vous sur mon dernier post !

ALLO, DOMINIQUE FORTIER ?

Il y a quelques jours, j’ai eu le privilège d’appeler Dominique Fortier au Canada, où habite l’auteur des “Villes de Papier”, tout juste paru aux éditions Grasset.

Elle m’a raconté l’histoire des villes fictives qui ont donné leur nom à son livre. Attention, elle est top, la voici :

Au siècle dernier, pour établir une carte géographique, il fallait faire un relevé manuel : les cartographes parcouraient les routes et tracaient les chemins à la main. Pour éviter qu’on ne vole leur travail, certains imaginaient des lieux qui n’existaient pas et les semaient au hasard sur leur tracé. Ainsi, s’ils trouvaient sur la carte d’un concurrent le lieu qu’ils avaient inventé, ils pouvaient prouver avec certitude qu’il s’agissait d’un plagiat. Ces villes imaginaires, on leur a donné le nom de villes de papier. L’une d’elle est célèbre, il s’agit de la ville d’Agloe.

Dans les années 1930, le fondateur de la General Drafting Corporation, Otto G. Lindberg, et son assistant Ernest Alpers, créèrent une ville fictive portant le nom d’Agloe, un anagramme de leurs initiales. Ils l’ajoutèrent sur leur carte à l’intersection de la route 206 et de Morton Hill Road, dans l’état de New York, à un endroit où il n’y avait absolument rien.

Ils vendirent leur carte à la compagnie pétrolière Esso. Cette carte fut distribuée à des dizaines de milliers d’exemplaires, et la ville d’Agloe acquit une existence malgré eux, car beaucoup avaient ce nom entre les mains. Quelques années plus tard, quand quelqu’un voulut ouvrir un magasin général à cet endroit là, il le nomma “magasin général d’Agloe” parce qu’il croyait que c’est comme ça que s’appelait le lieu.

Et Dominique Fortier conclut son anecdote sur ces mots : “parfois il suffit d’écrire les choses pour qu’elles se mettent à exister”.

Ce pouvoir de la parole sur la réalité, c’est ce que démontre son livre sur la poétesse américaine Emily Dickinson, dont je vous conseille absolument la lecture. Pour lire ma chronique de ce livre à l’écriture si poétique, allez voir mon dernier post !

ALLO, ERIC LAURRENT ?

Il y a quelques jours, j’ai appelé Eric Laurrent au téléphone. Je voulais avoir enfin la vérité sur Nicole Sauxilange, alias Nicky Soxy, l’héroïne de son roman “un beau début”, dont la suite, “Une fille de rêve” vient de paraître chez Flammarion.

“Une fille de rêve” se présente comme la biographie de Nicky Soxy, et j’avais été consternée de m’apercevoir, en faisant une recherche sur internet qu’elle n’existait pas.

Elle avait pourtant l’air si réel que j’ai demandé à l’auteur qui se cachait sous ce personnage. Voici ce qu’il m’a répondu:

Quand il a commencé à écrire la vie de Nicky Soxy, il avait comme projet de faire un livre sur Anna Nicole Smith, une pin-up américaine, très connue aux états-unis mais assez peu en France, morte en 2007 à l’âge de 39 ans. Elle avait beaucoup posé dans Playboy, et fait les premières émissions de télé réalité aux États-unis.Sa vie avait été très romanesque, elle s’était mariée à 22 ans avec un milliardaire de 87 ans. Elle est morte d’une overdose médicamenteuse, comme Nicky Soxy.

Eric Laurrent s’est également inspiré de starlettes françaises, de Loana, et d’une dénommée Sophie Favier, qui avait commencé sa carrière en posant dans le magazine Lui quand elle avait seize ou dix-sept ans.

L’auteur m’a raconté qu’il avait été jusqu’à acheter sur Ebay les vieux magazines où elle posait, et dont une des photos est décrite précisément dans son livre.

Sophie Favier cachée dans un roman, quel scoop!

Merci à Eric Laurrent d’avoir partagé un de ses secrets de fabrication avec moi.

Et pour en savoir plus sur « Une fille de rêve » un des livres les plus charmants de la rentrée littéraire, rendez-vous sur mon dernier post !

ALLO, MIGUEL BONNEFOY ?

Hier, j’ai appelé l’auteur de “Héritage”, un roman au style parfait qui vient de sortir aux éditions Rivages.

“Miguel, auriez-vous une anecdote littéraire à me raconter ?”. “J’en ai mille”, m’a-t’il répondu. Entre toutes, il a choisi une très belle histoire sur Jorge Luis Borges, le célèbre écrivain argentin. La voici :

Borges finit sa vie aveugle, comme son père et sa grand-mère avant lui. Il disait qu’il venait d’une lignée homérique, puisque Homère lui-même était aveugle, et partant de là, il faisait partie des aveugles de la littérature.

Borges est en voyage à Dublin dans les pas de James Joyce, marchant seul dans la ville, se laissant guider par les pages de l’Ulysse et non par la vue, car il est déjà aveugle. Arrivé au bord d’un trottoir, il sent les voitures passer devant lui, et il espère qu’une âme charitable va l’aider à traverser. Il attend. Personne ne lui prend le bras.

Puis quelqu’un l’emmène enfin avec lui sur la route. Borges se dit qu’ils ne sont peut-être pas en train de traverser au feu rouge, parce qu’ils marchent d’un pas précipité. Il commence à se poser des questions : la personne dont il sent le souffle juste à côté de lui, est-elle jeune ou vieille, est-ce un homme ou une femme ? A un moment, il se demande si ce n’est pas James Joyce lui-même qui est en train de l’emmener par le bras ! Finalement ils arrivent au trottoir d’en face, et Borges se sent enfin en sécurité. Alors la personne se penche vers lui, et lui dit à l’oreille “merci d’avoir aidé un jeune aveugle à traverser”. Miguel rit, il me dit “il faut imaginer ces deux aveugles traversant en étant persuadé que l’autre voit”.

Il me raconte que Borges est mort le jour du mariage de ses parents. Bien des années plus tard, sa mère a rencontré la femme de Borges. Lorsqu’elle lui a dit “vous savez Maria Kodama, Borges est mort le jour de mon mariage”, cette dernière lui a répondu : “j’ai toujours soupçonné Borges d’être mort de jalousie”.


C’est donc cela un auteur, ai-je pensé, quelqu’un qui a toujours une histoire, puis une autre à raconter.

allo,PIERRE DUCROZET ?

Je marchais cette semaine dans Paris, quand j’ai reçu le coup de fil de l’auteur de “Le grand vertige”, tout juste paru chez @actessud, à qui j’avais donné mon numéro pour qu’il me raconte une anecdote de son choix. « Je te rappelle dans 5 minutes », lui ai-je répondu, au milieu des klaxons des taxis, du sifflement des trottinettes, ce concert bruitiste qui accompagne la sortie des bureaux, Paris 8e.

Une fois installée à une terrasse de café place Saint-Augustin, j’ai recomposé le numéro de Pierre Ducrozet. Il était à Arles, sa voix était gaie, joyeuse,ensoleillée, rien à voir avec cette assemblée de cols blancs en afterwork dans laquelle je me trouvais.Il m’a raconté l’histoire de l’écriture de « Cent ans de solitude », le chef d’œuvre de Gabriel Garcia Marquez, le légendaire écrivain colombien. La voici :

Pour écrire “Cent ans de solitude”, ce livre auquel il pense depuis longtemps, Gabriel Garcia Marquez s’enferme dix-huit mois dans une maison au Mexique. Il fume comme un pompier, et passe la journée à écrire en écoutant de la musique à fond. Au début, il pense qu’il est là pour six mois, mais bien sur, au bout de six mois, le livre n’est pas encore fini, et il n’a plus une thune. Sa femme prévient le propriétaire qu’ils ne pourront pas payer le loyer pendant les …9 mois à venir.

Le livre a du retard, mais tout le monde autour de lui est convaincu qu’il est en train d’écrire un chef d’oeuvre. Son entourage est magnétisé par le livre, la dactylo en lit des passages à ses amis le soir, et Carlos Fuentes écrit un article sur le livre alors qu’il n’en a lu que cent pages. On rate la catastrophe de peu lorsque la dactylo, qui rapporte le manuscrit chez elle le soir, manque d’être renversée dans la rue, et lâche les feuillets qui commencent à voler partout.

Neuf mois plus tard, le livre est enfin terminé. Gabriel Garçia Marquez se rend à la poste pour envoyer son livre à l’éditeur, mais le colis coûte 82 pesos, et il n’a pas assez. Il n’envoie alors que la moitié du livre.