Jusqu’à ce que les pierres deviennent plus douces que l’eau – Antonio Lobo Antunes

Il y a plusieurs précautions à prendre avant de rentrer dans les eaux profondes de ce livre.

  1. Enfiler une tenue de plongée étanche.
  2. Ne pas lutter contre les remous et les ressacs du courant.
  3. Accepter de dériver, se laisser porter par le flux et le reflux de l’eau sans céder à la panique.

Car ce livre est un piège d’eaux troubles. Ne vous fiez pas à l’apparente limpidité du résumé suivant:

Un jeune sous-lieutenant portugais rentre chez lui, après avoir fait la guerre en Angola. Il ramène dans ses bagages un orphelin noir, qui a survécu au massacre des siens. Quarante ans après, cet homme, sa femme, son fils, sa belle-fille et sa fille se rejoignent dans leur vieille maison de famille pour la traditionnelle tue-cochon. On le sait dès le début, le même couteau servira à tuer et le cochon, et le père.

Dès le prologue on plonge dans le flux de conscience du père, qui alterne avec celui du fils. On est pris dans le courant de leurs pensées, dans le torrent de leurs mémoires. Survivants miraculés d’une guerre qui les a traumatisés, leurs esprits sont condamnés à faire des allers retours entre le calme prosaïque du présent, et les images violentes de la guerre dont ils sont les seuls témoins.

Le lecteur est porté par les remous de ces consciences malheureuses, dont les souvenirs dévient sans cesse le cours de la narration, et qui scelleront le destin malheureux du père.

La mémoire est un courant qui emportera tout, détruira tout. Jusqu’à ce que les pierres deviennent plus douces que l’eau.

Un certain Paul Darrigrand – Philippe Besson

Il faut bien que je le confesse.

A chaque fois que je lis un livre d’Annie Ernaux, je me dis que moi aussi, j’aimerais écrire un livre comme cela. Un livre intime, qui ramène à la vie les souvenirs, qui fait revivre la couleur sentimentale du temps.

En refermant Un certain Paul Darrigrand, la même pensée m’est venue, insidieuse, irrépressible. Et cela n’est pas un hasard. Comme Annie Ernaux, Philippe Besson essaye de “sauver quelque chose du temps où l’on ne sera plus jamais”. Il détache des images de sa mémoire et leur donne vie. C’est brut, c’est poétique. Ca émeut.

Le point de départ du roman commence sur une photo de 1988 retrouvée au hasard d’un déménagement, sur laquelle il revoit le visage de Paul Darrigrand. A partir de cette trace, Philippe Besson se remémore la passion secrète qu’il a noué avec ce dernier, alors qu’il était marié. Il nous fait revivre les doutes comme les moments de révélation intenses de cette relation, où tout passe dans un regard, dans un sourire :

« Je le suis. Et quand il se retourne avant de se diriger vers la baie vitrée, il m’adresse un sourire, un sourire très bref mais inoubliable. Un sourire d’une seconde. Et moi, je fais tout entrer dans ce sourire : le souvenir de sa peau dans la nuit, les baisers affamés, les corps en lutte, et finalement repus, épuisés, l’apparition matinale, le froid qui pique sur la terrasse, les mots, on savait que ça arriverait, on fait gaffe, la connivence coupable, la collusion magnifique des salauds ».

Au récit de sa passion succède la description de la maladie qui l’atteint peu après, et qui sont malgré lui inséparables :

“En effet, mon corps semblait s’autodétruire à l’instant exact où j’éprouvais un cruel sentiment d’abandon. Ces deux événements n’étaient pas seulement juxtaposés, ils étaient liés”.

C’est fort, c’est beau comme du Hervé Guibert dont il cite la phrase prémonitoire : “Un jour, un garçon apparaîtra dans ma vie, qui sera un piège”. Philippe Besson fait revivre ce piège avec poésie et mélancolie.

Le Procès du cochon – Oscar Coop-Phane


Que dire sur Le Procès du Cochon ?

Ce livre est un OVNI. A la lecture, on est frappé par l’étrangeté du récit. L’auteur sait mettre le lecteur mal à l’aise. Il nous livre une fable savante sur l’absurdité de la machine judiciaire, qui intrigue en même temps qu’elle irrite.

Le procès du cochon s’inspire des procès d’animaux qui ont eu lieu en France jusqu’au XVIIe et XVIIIe siècle. Neuf fois sur dix, l’animal jugé était un cochon, en raison de sa connotation satanique, l’anatomie de l’animal était perçue comme étant proche du diable.

Dans ce livre, un cochon commet un infanticide, il est jugé par un tribunal. Alors que le cochon s’humanise, les hommes qui le jugent se transforment en animaux burlesques. Le livre rend hommage au Procès de Kafka, et dénonce une justice mécanique déshumanisée.  

Conçu tel une pièce de théâtre en quatre actes, Le Procès du cochon donne à voir comme dans une tragédie grecque le destin implacable se mettre en place. Le cochon sera livré à la peine capitale, sous les yeux avides de la foule, dans une mise à mort qui tient du divertissement.

Oscar Coop-Phane dénonce une société décadente, qui délaisse l’éthique pour satisfaire ses besoins primaires: du pain et des jeux.

On est sensible à cette fable politique. C’est dur, c’est violent, cela fait réfléchir.

La Guerre des Pauvres – Eric Vuillard

Comme j’avais adoré L’Ordre du Jour, le roman qui a valu le Goncourt à Eric Vuillard en 2017, c’est avec intérêt que j’ai acheté son dernier livre, La Guerre des Pauvres.

Fidèle à lui-même, Eric Vuillard mélange fait historique et récit fictionnel pour dénoncer la main mise des forts sur les faibles, des riches sur les miséreux. Avec La Guerre des Pauvres, il nous emmène loin, très loin au XVIe siècle pour raconter la révolte des paysans allemands contre les puissants, menée par Thomas Müntzer, un théologien.

« Ce n’est pas Dieu qui se soulève, c’est la corvée, les censives, les dîmes, la mainmorte, le loyer, la taille, le viatique, la récolte de paille, le droit de première nuit, les nez coupés, les yeux crevés, les corps brûlés, roués, tenaillés. ».

La parution de ce livre a été avancée chez Actes Sud afin de faire écho à l’actualité des Gilets Jaunes. A 500 ans de distance, les deux mouvements sont des cris de colère portés par une foule désorganisée et prête à tout.

“Ces mêmes mots qui changent de forme, de ton mais pas de cible, et qui, lorsqu’ils reviennent au monde, toujours s’acharnent contre l’argent, la force et le pouvoir […] , ces mots vont petit à petit devenir les nôtres”.

J’ai apprécié l’écriture dense et maîtrisée d’Eric Vuillard, qui livre en moins de 70 pages un tableau révolutionnaire à l’atmosphère lourde, pleine d’orages et d’éclairs.

J’ai moins été séduite par l’aspect politique, rangée en cela du côté de Marcel Proust qui pensait que “la vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c’est la littérature”.

Et vous, vous l’avez lu ? Qu’en avez-vous pensé ?

L’Empreinte – Alexandria Marzano Lesnevich

Il y a des livres qui ne vous laissent pas indifférents.

Il y a des livres qui vous dérangent, qui vous bouleversent, qui vous atteignent.

Il y a des livres auxquels vous repensez même quand vous avez fini de les lire.

L’Empreinte est de ceux là.

Alexandria Marzano-Lesnevich a étudié le droit à Harvard. Farouchement opposée à la peine de mort, elle croise au détour d’un stage le destin de Ricky Langley, pédophile accusé du meurtre d’un enfant de 6 ans. Ce dernier la force à revenir sur sa propre histoire, une histoire dont elle a gardé l’empreinte dans son propre corps : son grand père a abusé d’elle durant toute sa jeunesse.

Le livre met en miroir deux fils narratifs :  le récit d’investigation sur ce meurtre se double d’un retour autobiographique sur sa propre histoire. Ce faisant, l’auteur met à jour les destins particuliers, leurs ressemblances fortuites, afin d’essayer de cerner au plus près la vérité des êtres, au delà du bien et du mal.

Un livre incontournable de la rentrée littéraire d’hiver. Vous n’allez pas en sortir indemne.

De si bons amis – Joyce Maynard

Il m’a fallu un seul chapitre.

Un seul chapitre pour savoir que j’adorerai De si bons amis. Le premier. Il se clôt par un passage fou, je l’ai souligné au crayon, j’y suis revenue plusieurs fois. A chaque lecture je testais la justesse de ses mots, sa résonance dans ma propre vie. Helen, la narratrice, croise dans la rue Ava, une femme qu’elle a tant aimée, puis perdue.  

“ A l’époque où pas un jour ne se passait sans que j’entende sa voix, quasiment tout ce que je faisais m’était directement inspiré par ce qu’elle me disait, ou n’avait pas même besoin de dire, parce que je connaissais son opinion, et que cette opinion était aussi la mienne. Puis vint un temps, long et sombre : elle m’avait chassée de son monde, et la dure réalité de cette trahison se révéla l’élément déterminant de ma vie – excepté d’avoir perdu la garde de mon fils. Privée de l’amitié d’Ava, je restais incapable de me rappeler ce que j’avais pu être sans elle”.

En un paragraphe, Joyce Maynard révèle le noeud tragique de l’histoire qu’elle va raconter dans les chapitres suivants. Elle dresse le portrait de Helen, une femme vulnérable, qui a perdu son mari et la garde de son fils. Ava et Swift Havilland, un couple fortuné, décident de la prendre sous leur aile. Elle voit en eux une famille, un refuge. Dès lors, la vie d’Helen est soumise aux caprices du couple, qui sous des apparences de bienveillance s’immiscent dans chaque zone de sa vie et la manipule.

“Soudain, l’évidence s’est imposée : il n’y avait pas une seule composante de ma vie actuelle qui ne provienne directement des Havillands. Mes amis, mon gagne-pain, jusqu’à mes vêtements. Ava et Swift répondaient de tout”.

De si bons amis éclaire les différentes notion d’amitié, souligne les zones d’ombre entre le bien et le mal. Il donne à voir des êtres imparfaits, marqués par la vie, auxquels on ne peut s’empêcher de s’identifier. Derrière l’armature romanesque, ce livre sonne juste.

Une valeur sûre pour les soirées d’hiver.

La Goûteuse d’Hitler

Ce roman est si CAPTIVANT que vous ne serez plus disponible pour personne.

J’ai commencé La Goûteuse d’Hitler du bout des doigts, sans y penser. J’ai été peu à peu conquise par cette lecture, envoûtée par cette histoire par laquelle le temps s’est arrêté. Je voulais me coucher tôt, je n’ai pas résisté à l’envie pressante d’en tourner les pages. J’avais une tonne d’obligations, et durant tout un week-end, j’ai méthodiquement oublié la liste des choses que je m’étais promise de faire: je voulais absolument arriver à la fin de l’histoire. J’avais abdiqué tout vouloir,  j’étais divinement possédée.

Mais pourquoi ce roman est-il si exceptionnel ?

Son sujet d’abord est passionnant. C’est l’histoire vraie de Margot Woelk, l’une des goûteuses d’Hitler. A partir de 1943, sa mission a été de goûter chaque plat destiné au Führer, afin de prévenir son empoisonnement. Pour écrire cette histoire, Rosella Postorino s’est rendue à plusieurs reprises à la Tanière du Loup, le QG d’Hitler en Prusse-Orientale. Son roman est au plus près de la réalité historique, il donne à lire l’atmosphère étouffante du 3e Reich, le sentiment de culpabilité des allemands complices malgré eux du régime nazi.

A partir de cette histoire vraie, l’auteur a réussi à créer un roman qui rend sensible l’épaisseur de la vie de son personnage. L’écriture de ce roman est juste, sincère et lumineuse ; à chaque fin de chapitre on pense deviner ce qui va suivre, il n’en n’est rien, l’auteur déjoue les clichés et nous surprend par mille moyens. On est touché au moment où l’on s’y attendait le moins, et on n’en finit plus de vibrer au rythme des péripéties vécues par le personnage.

Un moment de lecture merveilleux. Croyez-moi. Lisez-le.

Mes Vies Secrètes – Dominique Bona

Attention, INTENSE coup de coeur !

J’ai lu le livre de Dominique Bona début janvier. J’ai tellement adoré qu’il m’a été dur d’en parler de suite, de résumer la richesse de ce trésor en une chronique succincte. Mais aujourd’hui c’est décidé, je me lance. Ce serait terrible de ne pas évoquer une de mes plus fabuleuses joies livresques de ce début d’année.

Dominique Bona est biographe. Dans Mes Vies Secrètes, elle raconte les coulisses de ses enquêtes sur Romain Gary, Berthe Morisot, Gala Dali, Stefan Zweig, Camille Claudel, Colette, et beaucoup d’autres. Sous la forme d’un récit intime, elle évoque les rencontres, coups de foudre et hasards qui l’ont conduite vers ces figures tutélaires, et qui ont construit sa véritable identité.  

Ce livre est une mine d’anecdotes historiques, de bons mots, de mille petits faits frappants ou émouvants qui sont un véritable délice. Ils font revivre les protagonistes de l’histoire esthétique dans des portraits plus vrais que nature :

“Quand [Berthe Morisot] mourut à l’âge de cinquante-cinq ans, Renoir qui peignait aux côtés de Cezanne, en Provence, se précipita à la gare, oubliant canne et chapeau : il tenait à être à son enterrement. Il eut ce mot, devant sa tombe : “je suis seul, dans un désert”.”

Dominique Bona met à jour les réseaux souterrains, les filiations inattendues entre les personnes, pour dresser par touches successives à la manière d’un impressionniste un tableau qui livre la vraie couleur de la vie intellectuelle des 19e et 20e siècles.

“Les hasards de la vie […] ont réuni par devers moi les personnages de mes livres. Sans que je l’ai voulu ou programmé, sans même que je l’aie souhaité, comme pour mieux illustrer et confirmer d’occultes pouvoirs, ils ont fini par former une chaîne et se donner la main.”

Nous sommes fait des autres. Avec ces vies qu’elle a aimées et poursuivies, elle a construit les briques de sa propre maison, et élargi son territoire.

“A force de chercher une maison partout, en France et dans le monde, et de ne l’avoir jamais trouvée, ce qui est un de mes rêves inassouvis, j’ai fini par adopter celles des personnages dont je racontais la vie. Ils m’ouvraient la porte et me laissaient les clefs.”

A lire d’urgence.

L’Insomnie – Tahar Ben Jelloun

“J’ai tué ma mère. Un oreiller sur le visage. J’ai appuyé un peu. Elle n’a même pas gigoté. Elle a cessé de respirer. C’est tout. Ensuite j’ai dormi, longtemps, passionnément.

J’ai dû dormir des heures, car j’ai fait de nombreux rêves très beaux, lumineux, colorés, parfumés”.

Ainsi commence L’Insomnie, de Tahar Ben Jeloun. Un début accrocheur, racoleur qui envoûte le lecteur et le fait entrer dans un conte cruel et merveilleux.

Le roman raconte l’histoire d’un scénariste de Tanger, grand insomniaque, qui découvre que pour dormir, il doit tuer des gens. Il commence par sa mère, mais cela ne suffit pas: l’effet s’estompe. Le scénariste se transforme en tueur à gage, il s’inspire du cinéma pour commettre de nombreux crimes.

“Je me suis souvenu alors de ce que disait Alfred Hitchcock à propos des crimes : il est bien plus difficile qu’on ne croit de tuer une personne de ses propres mains. C’est un combat, une lutte incertaine et bien souvent vaine. Il n’y a qu’au cinéma que les gens meurent sans difficulté”.

Plus la personne qu’il tue est importante dans la société, plus l’insomniaque gagne des Points Crédits Sommeil. Derrière l’humour, se cache un tableau satirique de la société marocaine, qui fait se rencontrer banquiers véreux, prostituées, maquereaux, voleurs et violeurs.

Parfois lassée par la répétition des crimes de ce livre, j’ai néanmoins adoré ce conte moderne, dans lequel l’imaginaire prend une place prépondérante:

“En fait, j’aime raconter des histoires imaginaires […]. Si je n’étais pas scénariste, je serai monteur de films. Je passerais mon temps à donner du rythme à des films ni faits ni à faire, sans scénario, sans enjeu”.

Livré par le personnage, cet Art Poétique résume à merveille L’Insomnie, sans scénario et sans enjeu, mais divinement enchanteur.

A lire.

Le Prix – Cyril Gely

Le livre de Cyril Gely m’a complètement happée, et ce dès l’étal de la librairie. Etait-ce le petit carton rouge adossé à sa couverture, signalant le coup de coeur du libraire? Etait-ce le regard de cette femme sur le bandeau, son sourire triste, qui cachait une histoire inconnue jusqu’alors, qui ne demandait qu’à exister ?

Car si l’histoire a ses héros, elle a aussi ses oubliés. A côté des figures célèbres, des êtres ordinaires ont eux accompli de grandes choses, avant de sombrer dans l’anonymat. Avec Le Prix, Cyril Gely convoque le pouvoir de la littérature pour rendre justice à l’une de ces délaissés, Lise Meitner, une physicienne juive autrichienne spoliée du résultat de ces travaux scientifiques lors de la seconde guerre mondiale.

Le 10 décembre 1946, Otto Hahn est confortablement installé au Grand Hotel de Stockholm. Il attend de recevoir le prix Nobel de Chimie, qui consacrera ses travaux réalisés sur la fission nucléaire sous le régime nazi. Il ne sait pas que Lise Meitner, sa collaboratrice avec laquelle il a travaillé plus de 30 ans, et qui a dû fuir l’allemagne en 1938, va le rejoindre dans sa suite.

“Huit ans qu’elle attendait cette entrevue, qu’elle l’imaginait jour après jour. Elle avec Hahn. Elle contre Hahn. Huit ans. Et ce jour est enfin arrivé”.

Lors d’une conversation à huis clos dans cette chambre d’hôtel, Cyril Gely compare les récits des deux scientifiques, confronte leurs versions des faits. Mot après mot, il révèle leurs ambitions personnelles, et met à jour une vérité intime et violente qui redonne sens à l’histoire.

J’ai adoré cette conversation, conçue comme un véritable dialogue de théâtre. Les souvenirs et les confidences de chacun sont autant de péripéties qui m’ont tenu en haleine d’un bout à l’autre du roman. Jusqu’à la fin, on attend la réponse à la question lancinante qui taraude les personnages : que s’est-il passé cette fameuse journée de 1938 ?

J’ai beaucoup apprécié ce livre. Notamment nominé aux Molières pour la pièce Diplomatie, Cyril Gely traite son roman comme une réelle pièce de théâtre, dans lequel chaque mot fait événement, jusqu’à ce que la vérité lève son voile.