AMANDA STHERS-Lettre d’amour sans le dire

Ce roman raconte l’histoire d’Alice, une femme brisée par la vie qui va faire la rencontre dans un salon de massage d’un japonais du nom de Akifumi. Chaque vendredi, elle se fait masser par cet homme qu’elle ne connait pas, qui ne parle pas sa langue, mais dont elle tombe peu à peu amoureuse. Elle décide d’apprendre le japonais pour pouvoir lui écrire une déclaration d’amour.

Ce roman parle si bien de cet amour de l’ombre, de cet amour délicat, qu’on le croirait fabriqué dans la dentelle de l’existence.

“On m’a dit qu’au Japon, les gens qui s’aimaient ne se le déclaraient pas. Qu’on évoquait l’amour tout autour, l’état amoureux comme une chose qui dépasse les êtres, les enveloppe, les révèle ou les broie”

valérie rouzeau-va où

« Pour ma famille mon affection particulière tapes et douceurs comprises
Pour mes amis le souvenir amical coup de pouce à la gaîté coup de pied à l’affliction ou pouce tout court la peine
Pour mon amour en allé ma main nue puisque nous n’avons eu comme alliance que notre entente aux doigts croisés
Pour mon amour sans retour le ticket qu’il avait avec moi
Pour quand je ne serai plus en cas de vous l’écrire cette prose légère en vers pour vos beaux yeux luisants ce testament aimant ce soit dit en passant. »

Antonin Artaud- “Van Gogh, le suicidé de la société”

Le 4 mars 1948, Antonin Artaud fut retrouvé mort recroquevillé au pied de son lit, probablement d’une surdose accidentelle d’hydrate de chlorale, un sédatif.

Quelques mois plus tôt , il s’est rendu à l’exposition Van Gogh organisée au musée de l’Orangerie. et écrit à cette occasion un court texte, “Van Gogh, le suicidé de la société”.

« Une exposition de tableaux de Van Gogh est toujours une date dans l’histoire, non dans l’histoire des choses peintes, mais dans l’histoire historique tout court.
Car il n’y a pas de famine, d’épidémie, d’explosion de volcan, de tremblement de terre, de guerre, qui rebrousse les monades de l’air, qui torde le cou à la figure torve de fama fatum, le destin névrotique des choses, comme une peinture de Van Gogh. ”

Artaud fait l’éloge de la peinture convulsive de Van Gogh, et accuse les médecins de persécuter les artistes en voulant les normaliser. Un texte miroir, où Artaud dessine son autoportrait d’écrivain.

Francesco Patrizi- traité du Baiser

Depuis plusieurs jours, je suis sous le charme d’une histoire entendue sur France Inter. Elle résonne de manière amusante sur cette interdiction d’embrasser qui plane aujourd’hui.

A la renaissance, les humanistes vivaient dans la terreur du baiser amoureux. Ils pensaient que la circulation de la chaleur dans le corps était assurée par les « esprits animaux », des particules vitales qui couraient dans nos veines.

Ils considéraient que l’amour faisait perdre des esprits animaux en grande quantité. C’est le cas lorsqu’on contemplait avec trop d’avidité l’être aimé, parce que les esprits animaux s’échappaient par les yeux. C’est le cas quand on s’embrassait sur la bouche.

Arrive un philosophe, Francesco Patrizi, qui publie en 1560 un petit dialogue, Il Delfino, qui est un traité du baiser. Certes, dit-il,
nous perdons d’immenses quantités d’esprits animaux quand nous nous embrassons en ouvrant la bouche et en tournant les langues. C’est vrai, mais nous nous nourrissons des esprits animaux de l’autre. Bingo.

Pour Patrizi, si le baiser sur la bouche est le plus nourrissant de tous, il y en a un autre qu’il préconise particulièrement. C’est le baiser dans le cou, du côté gauche, parce qu’il y a là une veine qui vient du cœur et qui est elle-même très chargée en esprits animaux.

louis-FERDINAND céline-VOYAGE AU BOUT DE LA NUIT

Incroyable Voyage au bout de la nuit ! Je l’ai lu à 18 ans, il est resté une absolue référence littéraire pour moi.

Dans ce livre, Céline a la main sur la planche à billets, il fabrique des citations exquises à la volée.

« C’est peut-être ça qu’on cherche au bout de la nuit, le plus grand chagrin possible pour devenir soi-même avant de mourir.»

« Le cinéma, le nouveau petit salarié de nos rêves, on peut l’acheter lui, se le procurer pour une heure ou deux, comme un prostitué. »

Ma préférée à 18 ans:
« Arthur, l’amour c’est l’infini mis à la portée des caniches, et j’ai ma dignité moi ! »

léa simone allegria-LE GRAND art

Marre de lire des biographies romancées, des romans d’autofiction, des mélodrames sentimentaux ?

Voici un roman qui délasse par son sujet, comme un tableau second degré égaré dans une galerie d’art classique.

Le Grand Art peint les coulisses du monde de l’art. Ce roman dresse un portrait des commissaires priseurs stars, et démonte les mécaniques d’un des marchés les plus opaques de manière à la fois instructive et divertissante.

Ce roman raconte l’histoire de Paul Vivienne, un commissaire priseur désabusé. Après avoir été une star des salles de vente, il est dépassé et perd la partie. Jusqu’à ce qu’il trouve un obscur retable dans une chapelle en Toscane. Il a alors une illumination : il tient là le dernier coup de sa carrière : pourra-t-il faire monter les enchères comme s’il s’agissait d’un Basquiat ou d’un Warhol ?

JOANN sfar- Le dernier juif d’europe

Qui a déjà testé le gaz hilarant ?

C’est un des seuls antalgiques qui manque à ma collection – une collection déjà bien fournie avec quatre péridurales, une injection de morphine et une anesthésie générale.

La pharmacopée regorge de substances inattendues : ainsi, en lisant “Le dernier Juif d’Europe” de joann sfar, j’eu l’impression d’avoir été shootée par un produit similaire, à la fois euphorisant et hallucinogène.

Publié aux editions Albin Michel, le roman de Joann Sfar raconte l’histoire de François Abergel, un juif homosexuel dont le père tente de renier sa religion. Son combat va croiser de manière inattendue de gentils monstres tout droit issus de l’univers fantastique. C’est drôle et complètement fou, comme la projection décousue d’un rêve toxicomane

Comment un livre pouvait-il avoir un tel effet ? L’avais-je lu à l’envers ? Y avait-il une posologie que je n’avais pas respectée, ayant mis le mode d’emploi sans y réfléchir à la poubelle ?

Tout ceci me tourmenta une bonne semaine, jusqu’à ce que je fasse la rencontre de Joann Sfar début mars, à l’invitation des éditions Albin Michel.

Et alors, la lumière fut ! Je compris que j’avais affaire à un auteur génétiquement modifié, dont l’ADN était proche du champignon hallucinogène. A son contact, la réalité se détracte, les mondes s’entrechoquent, des créatures étranges apparaissent.

Quelle belle soirée j’ai passée ! J’ai fait une réserve de rires précieuse en ces temps de confinement. Merci Albin Michel !

Amélie Cordonnier – Un loup quelque part

Dans ce très beau roman, Amélie Cordonnier explore voir le côté sombre de la maternité, sa part féroce, animale: il y a bien un loup quelque part.

Cela part de rien, d’une petite tache qu’elle découvre sur le cou d’Alban lors de la visite des cinq mois chez le pédiatre :

« Une tache. Noire. Toute ronde. De la taille d’un petit pois. Extrafin, le petit pois. C’est la première fois qu’elle la voit. Regardez, là, dans les plis du cou, c’est quoi ? Un grain de beauté, déjà ? Oh, non, pas à cet âge là, voyons. C’est rien du tout, juste une légère pigmentation, aucune raison de s’inquiéter. Je connais votre mari de toute façon, il n’y a pas de métis dans votre famille ?”

Une toute petite tâche de rien du tout, mais qui finit par grossir, par colorer sur les pieds, les mains, les bras, le visage. Alban n’est pas malade, il est simplement métis. Sa peau se met à foncer. Ce qui est bizarre, c’est que cet enfant est issu de parents à la peau blanche. Alors, à qui la faute?

Et surtout, comment aimer un enfant qui ne nous ressemble pas ? Comment est-ce que l’indifférence peut se transformer en maltraitance ?

J’ai été impressionnée par l’écriture dense et compacte d’Amélie Cordonnier, qui transforme la maternité en thriller psychologique de premier choix.

Sébastien L. Chauzu – Modifié

Attention, voici le plus drôle et le plus mordant de l’année ! Et il sort aujourd’hui en librairie.

Il raconte l’histoire de Martha, une femme détective privé et de son mari Allan, qui vivent une vie sans histoire au Canada. Jusqu’au jour où Modifié, un jeune garçon un peu simple d’esprit entre dans leur vie, avec son Big 8 Cola et son amour des chasses-neiges.

Mais pourquoi ai-je autant aimé ce livre ?

J’ai aimé me prendre pour Martha:

Martha, l’héroïne principale de ce roman, est une femme qui pense comme un homme. Elle préfère le whisky aux enfants, s’envoie en l’air avec une ou deux nanas en passant. Son sport préféré, c’est de se disputer avec la fille de son mari, Allison. Pour une fois, cela fait du bien de rentrer dans un personnage un peu plus détaché et cynique que soi-même.

J’ai adoré me prendre les pieds dans les bichons

Voici la première apparition des bichons dans le livre :
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“Allan est venu me rejoindre, ses chiens dans ses bras. Ses chiens me faisaient toujours penser à des seins, deux gros nibards poilus qu’il se serait fait greffer sur la poitrine, des bichons, même le nom invitait à la comparaison : Allan et ses bnichons”
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Sébastien L. Chauzu a eu cette idée de génie : faire de deux bichons des animaux de compagnie littéraire, qui passent d’un chapitre à un autre avec la même nonchalance que si le roman était leur maison.

L’auteur a beaucoup d’humour:

C’est un fait, l’auteur a le sens de la blague.

“Quand Allison s’énervait, ses airs mondains se cassaient la gueule, comme une fausse moustache qu’on aurait essayé de faire tenir avec du ruban adhésif bon marché.”